Le jour d’après…

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Mon billet d’hier a suscité quelques réactions rapides, ici, sur Facebook et par e-mail, et c’est très bien, je regrette souvent qu’il n’y en ait pas davantage. Pour approfondir un peu ma position, je vais donc essayer de compléter mon propos d’hier, mais d’abord je tiens à préciser qu’il ne faut y voir aucune forme de complaisance vis-à-vis des idées de Marine Le Pen, que je hais les fachos, et que je sais parfaitement qu’eux aussi sont un ultime recours du capitalisme —je le disais d’ailleurs hier— ceux qui me connaissent, je pense, le savent. Et ils savent aussi que je n’ai rien à foutre des injonctions morales…

Du passé ne faisons pas tout de suite table rase…

Venons-en à la situation actuelle, mais après un petit retour en arrière. D’abord, l’incontournable 21 avril 2002 ; ce soir-là j’étais assesseur au bureau de vote de mon quartier quand, à 20h., j’ai appris par la radio la qualification du vieux borgne, je me suis tourné vers le collègue chiraquien qui dépouillait à côté de moi et sans hésiter, avec une ironie un peu amère, je lui ai annoncé que pour la première fois de ma vie, j’allais voter pour son candidat. Ce que, bien sûr, j’ai fait. Faire barrage au FHaine, imposer à Chirac de prendre en compte notre soutien dans une élection qu’il aurait dû perdre, tels étaient nos arguments… Au bilan, le parti fasciste n’a cessé de grandir et le président réélu s’est royalement assis sur nos suffrages, en bref, nous n’avons rien retiré de ce que nous espérions de ce geste un peu sacrificiel et purement symbolique qui n’eut pour effet que de confirmer —et conforter— le Front national dans l’image qu’il serait le seul « anti-système ».

Vint ensuite, sous le mandat de Sarkozy et avec la complicité du PS, le viol du choix démocratique que les Français avaient fait de rejeter le traité constitutionnel européen. Le FN, qui avait lui aussi appelé, sur d’autres bases que les nôtres, au « non » se retrouva le seul à en tirer le bénéfice idéologique du fait que la gauche antilibérale n’a pas été capable en 2006 de s’unir pour construire la seule force qui aurait pu s’opposer à la montée frontiste. Je dirai par parenthèse qu’elle est peut-être aujourd’hui en train de renouveler la même erreur avec les législatives. Le mandat de Sarkozy s’est aussi caractérisé par la mise en avant des thèmes de l’identité nationale, de l’immigration et de l’insécurité, permettant  leur banalisation et du même coup aux fachos d’en faire litière au plan culturel, avant de traduire cette avancée au plan politique en 2014 par des élus et un début d’implantation territoriale…

Une autre amère expérience fut la présidentielle de 2012 qui nous vit soutenir —mais avions-nous le choix ?— un candidat qui renia sitôt élu toute ses promesses sociales, accrut le rejet populaire de l’Union européenne en se soumettant aux exigences allemandes, s’employa à affaiblir, tant par la répression judiciaire que par l’abaissement des droits, l’intervention des salariés dans l’entreprise, en un mot contribua, lui aussi, à pousser nombre de déçus dans les bras du FN.

Ce passé, c’est donc celui où une « gauche » équivoque, peu cohérente, mais néanmoins perçue comme une entité unique PS inclus, a permis par ses ambiguïtés  au parti d’extrême-droite de se poser en seul défenseur du peuple. Soutenir aujourd’hui Macron, fût-ce avec une pince à linge sur le nez, c’est persévérer dans ces ambiguïtés.

Du passé au présent

Dimanche prochain verra l’élection d’Emmanuel Macron, qui peut en douter ? L’écart, selon les derniers sondages tendrait même à s’accroître et ce sont plus de 20 points qui sépareraient les deux prétendants ; le risque d’un retournement de tendance peut être qualifié d’insignifiant, voire nul. C’est dans ce contexte évidemment que se situe ma réflexion : face à un péril réel d’accession des fachos au pouvoir, j’aurais utilisé le bulletin Macron, mais tel n’est pas le cas. J’entends déjà la moraline des bonnes âmes : « tu te rends compte si tout le monde faisait comme toi… » et toutes les balivernes amicales (ou pas !) de ceux qui connaissent si bien le bon chemin qu’ils nous ont menés où nous en sommes… Je crois justement qu’ils devraient se garder avec prudence et humilité de donner des leçons !

J’ai illustré ce billet par quelques « unes » de presse, sélectionnées à la va-vite sur internet, il serait intéressant de faire une compilation de toutes depuis douze ou dix-huit mois et de donner le pourcentage de celles qui ont été consacrées à chaque candidat ; je suis convaincu qu’on ne serait pas loin de l’ordre des résultats du premier tour et il est en tout cas certain que les deux finalistes seraient en tête de ce palmarès. Ce qui est une autre façon de dire que les médias —comprenons les puissances économiques qui sont derrière— ont réussi peut-être à entièrement façonner ce résultat ou au moins à l’influencer de façon déterminante.  On a ainsi pu relever que du 1er janvier 2015 où il était pratiquement inconnu au 1er janvier 2017, le quotidien prétendu de référence, « Le Monde », avait mentionné Macron dans 2 000 articles, alors que Mélenchon, Hamon ou Montebourg cumulés n’apparaissaient que dans 1 900, pour l’Obs hebdomadaire, les mêmes décomptes donnent respectivement 300 contre 280… De la même façon Marine Le Pen —et les thèmes qu’elle exploite : combien de titres sur l’Islam ?— ont été mis en exergue systématiquement. On aurait voulu obtenir ce duel du 2ème tour, on n’aurait pas fait autrement !

Cette imprégnation méthodique des consciences s’inscrit dans le système électoral de la Vème République imposant un choix binaire, même quand, comme aujourd’hui, quatre candidats ont des scores très proches. C’est cette articulation d’un appareil idéologique et d’un mécanisme institutionnel qui rend totalement illusoire l’apparence de démocratie de ce suffrage, oblige à des ralliements contre-nature et qui vous laissera, mes amis prompts à me faire la morale, le jour d’après —comme je titrais ce billet—  impuissants devant un code libéral du travail réformé par ordonnance dès juillet, incapables de réagir dans un monde syndical divisé, et finalement soumis aux politiques européennes d’austérité…

La machine aura fonctionné encore mieux que la bourgeoisie ne pouvait l’espérer…

JPR

PS : Je sais qu’il y aura les législatives et que Macron ne peut pas rallier une vraie majorité sur ses idées, je sais aussi qu’elles ont l’air bien mal barrées pour nous ; les conneries de 2006 semblent recommencer, ceux qui veulent la peau du PCF n’ont pas renoncé et feront perdre tout le monde. Allez, je remets un pavé, et ce sera mon bulletin de vote dimanche !

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