Ami, entends-tu…

Corbac-3390

Une des caractéristiques des régimes totalitaires est la surveillance généralisée des citoyens : tout fait ou geste interprété comme suspect peut être rapporté aux « autorités » par un voisin, un proche, voire un parent… La société est ainsi quadrillé par un réseau d’individus anonymes, chacun est espionné en permanence et peut se voir dénoncé, à tort ou a raison, sans en être informé, et par conséquent, doit se méfier de son voisin, son proche, voire son parent. Est-ce un tel système de suspicion généralisée qui se met en place à Plaisir à l’instar de ce qu’a monté Cyril Nauth maire FN de Mantes-la-Ville ?  On est en droit de le craindre…

Citoyens vigilants

Un des points du Conseil municipal qui s’est tenu le 13 avril dernier portait sur  l’approbation d’un protocole avec la Préfecture des Yvelines établissant un dispositif de participation citoyenne sur la commune de Plaisir. Doux euphémisme pour ne pas dire « réseau de délation ».

Il est certain que notre sureté, celle de nos enfants, avant même d’être un souci légitime de chacun est un droit fondamental de tout citoyen, inhérent à la notion même de vie en société. La question est alors de savoir qui assure cette protection, et comment. Au nom de cette sécurité, certaines communes font le choix d’un dispositif de partenariat entre les citoyens et la police. Cela a été rendu possible par la circulaire du 22 juin 2011, émise par le Ministère de l’Intérieur, le sarkozyste Claude Guéant siégeant alors place Beauvau.

C ‘est évidemment là une mesure très préoccupante.  Autant on peut comprendre que des réseaux solidaires de voisins surveillent mutuellement leurs maisons pendant les vacances, autant il est difficile d’admettre d’avoir dans son voisinage des espions anonymes qui rapportent ce qui ne leur convient pas, car c’est de cela qu’il s’agit : « …faire remonter les informations. L’anonymat et la confidentialité des informations sont garantis » précise bien la délibération votée par la majorité LR de Mme Kollmannsberger.  Le protocole d’accord avec la préfecture  indique aussi de quel type sont ces informations : « vigilance accrue à l’égard des comportements et évènements anormaux et suspect [sic] » —mais qu’est-ce donc qu’un comportement ou évènement anormal ? Il ne s’agit pas, à proprement parler de faits délictuels tombant normalement sous le coup de la loi, alors, est-ce donc tout ce qui sort du conformisme bourgeois ? Quels sont les critères d’appréciation ? C’est l’ère du soupçon généralisé…  et le texte ajoute « l’acquisition du réflexe de signalement aux autorités compétentes de tout fait anormal ». On n’est plus du tout dans un cadre de convivialité et d’entraide et on ne peut appeler cela autrement qu’un système de délation !

Non seulement ces délateurs officiels —modernes sycophantes (allez voir dans le dictionnaire, bande d’incultes de la majorité !)— pourront moucharder en douce tout ce qui ne sera pas conforme à leur conception de l’ordre et la discipline, mais de surcroît, ils pourront recevoir des informations sur vous provenant de la police ; la note accompagnant la délibération précise en effet : « L’échange d’informations entre citoyens vigilants, référents de quartier, et policiers référents se fait tant dans le sens ascendant que descendant ». Nous aurons, en quelque sorte une caste de super-citoyens, choisis en-dehors de toute démocratie et mettant à mal le principe d’égalité.  Ô, brave new world ! (1)

Déjà expérimenté depuis quelques mois au tranquille et rupin domaine de la Bataille, ce système reposerait dans un premier temps sur neufs référents anonymes dans différents quartiers de la ville. Interpelée par plusieurs élus, Mme Kollmannsberger et son adjoint chargé de la sécurité,  Bernard Meyer, l’ineffable auteur des tribunes de la majorité, ont été très évasifs voire ont tout simplement refusé —et de façon réitérée et assumée— de répondre à une question de Djamel Niati (Front de Gauche) quand il a voulu connaître les critères de choix de ces « référents », le protocole restant sur ce point très flou, la notion d’honorabilité étant parfaitement subjective :

Article 3 : Dans chaque quartier ou rue où le dispositif de participation citoyenne est mis en place, il est procédé, en étroite collaboration entre le Maire et le représentant de Monsieur le Directeur Départemental de la Sécurité Publique des Yvelines, à la désignation d’un ou plusieurs « citoyens(s) vigilant(s) », personne qui est choisie pour son honorabilité et sa disponibilité.

En difficulté pour donner une réponse satisfaisante, Mme le Maire a tout simplement décrété que ce n’était pas un débat nécessaire en Conseil municipal et qu’il n’y avait pas lieu d’expliquer une notion philosophique… Et face à l’insistance de l’élu, elle a tout simplement déclaré : « De toute façon vous allez voter contre, ce n’est donc pas la peine que j’explique ». On mesure là tout son respect du débat républicain et son sens de la démocratie !  Sans doute cherche-t-elle, pour les échéances à venir, à draguer l’électorat du Front National.

Soyons de vrais citoyens vigilants…

En réalité, ce genre de dispositif qui confine au pire appel à la délation traduit l’échec des politiques sécuritaires initiées par Sarkozy et Guéant. Pour avoir voulu confier une part des missions régaliennes de la police nationale aux polices municipales —au détriment de leur rôle de proximité—, pour avoir réduit les effectifs et les mesures de prévention de la délinquance, on en est aujourd’hui réduit à faire cet appel abject à la culture de la dénonciation.

Alors, oui, soyons des citoyens vigilants, mais au sens vrai du terme : vigilants au respect de la citoyenneté, au respect de nos droits, en particulier contre quelque ingérence que ce soit dans notre espace privé, vigilants à l’égalité de tous et à la transparence absolue de l’action publique. Aucun citoyen réellement honorable n’acceptera l’instauration de corbeaux anonymes, choisis dans l’opacité et l’entre-soi d’un petit groupe en fonction de leur norme, socialement valorisée parce que conforme à l’ordre bourgeois qui est celui de leur caste (voire à leur appartenance politique…). Mobilisons-nous massivement pour que notre intervention citoyenne empêche cet abaissement civique.

JPR

Note pour les incultes de la majorité municipale : cette référence à Huxley est à mettre en rapport avec sa description d’une société dystopique divisée en castes hierarchisées de citoyens, d’alpha à epsilon, dans son roman « Le meilleur des mondes » (Retour)

Une réflexion sur “Ami, entends-tu…

  1. mezieres

    Allez, les paris sont ouverts …..Qui de nos chers voisins est assez honorable et disponible pour prétendre à cette fonction surement convoitée par certains, en mal de responsabilités et d’activités. Pas ceux de la vraie gauche j’en suis certaine ….. Pour ceux qui s’ennuient, on ne peut que leur suggérer de s’investir simplement dans des actions citoyennes, associatives ou politiques ….. il y a de quoi faire …..

    Aimé par 1 personne

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